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Épisode 3 : Mes 8 conseils pour se lancer en douceur dans la peinture sumi-e ou la peinture chinoise

Quelle est la meilleure façon de s’y prendre pour se lancer dans la peinture sumi-e ou dans la peinture chinoise ? Comment choisir du matériel adapté ? Dois-je commencer ma peinture par la tige de cette fleur ou bien par ses pétals ? Pourquoi est ce que ça fait une grosse tâche dès que je pose mon pinceau sur ma feuille ? Etc etc…

J’ai commencé mon apprentissage en 2016, au Japon, et je suis passée par ces multiples phases de questionnements moi aussi.
J’ai eu la chance d’être accompagnée de mon sensei, qui était là pour répondre à une partie de toutes ces questions, mais il y a aussi des réponses que j’ai dû trouver toute seule, à force de recherches et d’expérimentations pendant les années qui ont suivi.

Et donc, je me suis dis que cela pourrait être une bonne idée de vous donner mes conseils pour vous lancer dans la peinture sumi-e de la façon, à mon sens, la plus simple, la plus agréable, la plus douce possible.

L’idée étant toujours de progresser suffisammant pour, le plus rapidement possible, réussir à s’amuser, et à faire passer une émotion, une atmsophère, une sensation, dans ses peintures.

Voilà donc les 8 conseils en question :


1) Trouver un maître, un professeur.

C’est mon conseil le plus important, s’il ne devait y en avoir qu’un ce serait celui-là : trouvez un maître. Un maître dont vous admirez le travail.

On a tous tendance à se tourner vers les livres, mais pour moi, aussi beau que l’objet puisse être, un livre ne remplacera jamais un professeur expérimenté, quelqu’un qui va pouvoir vous guider étape par étape.

Et qui dit maître, dit (normalement) démonstrations ♥️. Je pourrais personnellement passer des heures et des heures, complètement hypnotisée, à regarder mon sensei peindre.

Un maître pourra corriger votre posture, la façon dont vous tenez votre pinceau, vous conseiller niveau matériel, vous MONTRER comment obtenir tel ou tel effet, etc…

→ On a absolument besoin de voir le geste, de le comprendre, pour pouvoir ensuite l’appliquer/le reproduire plus facilement.

Le sumi-e est une pratique artistique assez difficile/capricieuse, et cela prend du temps avant d’être à l’aise avec le matériel, de maîtriser les techniques, de se sentir en confiance. Or, si on n’emprunte pas le bon chemin dès le début, on risque de se dégoûter et de passer à côté de merveilleuses sensations.

Accompagné(e) d’un sensei, on aura aussi accès à une partie de la philosophie qui va de paire avec la pratique. On aura aussi accès à des livres, à du matériel, à des conseils, au travail d’autres élèves, et, avec un peu de chance, à ses œuvres à lui (ou à elle !).

En revanche, je ne peux que vous conseiller de choisir un maître dont vous admirez le travail, le niveau, mais aussi l’humanité. Le sumi-e est un art qui fait appel à nos émotions, qui vient remuer nos failles, qui nous fait grandir. Et votre sensei vous accompagnera tout au long de votre apprentissage, alors autant qu’il soit une présence aussi douce et agréable que possible.
Il faudra « aimer son regard », accepter son avis sur votre travail, et pour cela, il me paraît (personnellement) indispensable d’être admirative, voir émerveillée par son travail et son niveau à lui.

Voilà ! DONC, conseil numéro 1 :

🌱 Trouver un maître, un professeur, de peinture sumi-e ou de peinture chinoise, et aller à un cours d’essai pour voir si le courant passe.
🌱 À défaut, participer à un stage.
🌱 En dernier choix, regarder des vidéos de maîtres sur Internet.



2) Investir dans du matériel de bonne qualité, du matériel spécifique de qualité

Votre matériel est à choisir avec soin. C’est de ce choix que va dépendre la qualité de notre pratique. Utiliser du matériel adapté est indispensable pour « ressentir » ce qu’est la peinture sumi-e.

Les indispensables à mon sens sont la qualité du papier, la qualité des pinceaux et la qualité de l’encre :

  • Papier de riz, appelé papier xuan ou « gasenshi » en japonais.
  • Pinceaux orientaux (non synthétique), japonais ou chinois, destinés à la peinture sumi-e, à la peinture chinoise, ou au pire du pire, des pinceaux de qualité destinés à la calligraphie.
  • Encre sumi noire de bonne qualité, la plus naturelle possible.

    Je ne m’étends pas plus sur ce sujet là, je ferai un nouvel épisode dédié au matériel très bientôt 🧑🏻‍🎨.



3) Pratiquer régulièrement

Le sumi-e c’est l’art de la simplicité, mais avant d’atteindre cette simplicité, il faut passer par une longue période d’apprentissage.

C’est aussi un art « susceptible/capricieux », il faut apprendre à apprivoiser et/ou à dompter son matériel, il faut réussir à « sentir » comment toucher le papier avec son pinceau, il faut comprendre et expérimenter les gestes, les mouvements, la vitesse… Et tout cela prend du temps. Il faut donc s’offrir ce temps si l’on veut progresser. Sans laisser de trop grosses périodes de vide entre deux pratiques, non pas parce que l’on oublie comment peindre mais parce que chaque début de pratique est comme un nouveau saut dans le vide. Et comme tout saut dans le vide, ça fait peur.

Encore une fois, on peint directement sur sa feuille blanche, sans croquis, et cela nécessite de la confiance. Confiance que l’on peut fragiliser en faisant une pause trop longue.

Plus on pratique régulièrement, plus on prend confiance en nous, plus on comprend le geste à force de le répéter, et donc on va beaucoup plus loin, beaucoup plus vite 🔥.

Ce qui me mène à mon conseil suivant :



4) Se créer un petit coin dédié avec son matériel installé

Encore une fois, au début le sumi-e est une pratique un peu « impressionnante », et on a tendance à se trouver mille excuses pour ne pas peindre.
Mais se créer un petit coin dédié avec son matériel déjà installé aide à s’y mettre, on passe devant, et hop, sans avoir eu le temps d’y réfléchir, on se retrouve à tracer des lignes sur notre feuille blanche 😉.
J’ai remarqué que sans cela, on a parfois beaucoup plus de mal à s’y mettre.

Il est aussi nécessaire d’organiser, d’épurer son espace de travail : au Japon on dit « pas de bazar sur notre table, pas de bazar dans notre tête ». L’idée étant de respecter son espace de travail.

Le sumi-e est une discipline artistique qui nécessite de la place.
On a besoin de pouvoir étaler ses grandes feuilles – les vierges, celles qui sèchent, mais aussi ses modèles, ses précédents essais, etc…
On a besoin d’avoir tout sous les yeux, instantanément, en cas de besoin.

On a besoin de respirer, de pouvoir faire des gestes amples, d’espace.

Vous créer votre petit coin à vous, un atelier où vous vous sentez bien, où vous avez de la place, où vous êtes apaisés, et de préférence baigné de lumière naturelle, beaucoup plus agréable pour peindre.



5) Choisir des sujets que vous aimez VRAIMENT. Surtout au début.

Si vous commencez votre apprentissage auprès d’un maître, il se peut que ce dernier vous « impose » de commencer par certains sujets (généralement une des 4 nobles plantes : le bambou, le prunier, l’orchidée et le chrysanthème, qui regroupent presque tous les traits et techniques de base de la peinture sumi-e).

Mais si vous commencez à peindre seul, chez vous, je vous conseille de commencer par choisir des sujets que vous aimez VRAIMENT. Choisissez un sujet qui vous tient à cœur, que vous aimez particulièrement, que vous avez très envie de travailler. Vous serez amené à peindre et repeindre des dizaines de fois un même sujet, alors mieux vaut lui porter beaucoup d’amour.

Choisissez de préférence un sujet simple (peut-être pas un paysage complexe, sous la neige, avec une pagode et des personnages par exemple), surtout au début.
Et prenez le temps de vous en imprégner. Ne vous précipitez pas.
Observez votre sujet, contemplez le, comprenez le. De préférence « en vrai », une plante dans votre jardin par exemple, ou dans la nature.
Vous pouvez aussi vous familiariser avec votre sujet à partir de photos et de vidéos, mais prenez le temps nécessaire pour bien l’étudier.
Cette étape est indispensable pour capter « l’essence » de son sujet.

Et puis ensuite, avant d’attraper ses pinceaux, on peut s’entraîner à dessiner le sujet que l’on veut peindre, au crayon sur du papier brouillon, dans différentes vues ou attitudes, pour le « comprendre ». Pour se familiariser avec sa forme, la répartition de ses couleurs, etc, pour ensuite réussir à le suggérer avec justesse.

Enfin, on laisse toutes ces images « décanter » dans notre tête, c’est la phase de méditation, on visualise son sujet, l’attitude/la forme/le mouvement que l’on veut lui donner avant de, finalement, commencer à peindre.



6) Lire, apprendre la théorie qui va avec la pratique

C’est à partir de là que la pratique prend vraiment tout son sens. C’est en tout cas ces découvertes qui ont été pour moi un point de non retour.
Je vous en ai déjà parlé, mais le sumi-e n’est pas qu’une technique de peinture, c’est aussi une philosophie et une pratique zen.

Le sumi-e est un art qui « a besoin de temps », lent, qui se passe d’abord à l’intérieur de soi avant d’être un geste et un résultat sur le papier.

En creusant le sujet on comprend ainsi plein de choses :

  • On ne peut pas peindre n’importe quand. Il faut s’écouter et être aligné à soi, être attentif à son énergie créative. Quitte à remettre à plus tard notre pratique.
  • L’importance de l’observation de la nature, de s’en imprégner avant digestion et enfin passage à l’acte. Le besoin d’y passer du temps. Méditer sur la nature ( on lui rend hommage)
  • Simplicité ne veut pas dire facilité
  • L’erreur est acceptable, et même parfois, indispensable, magique
  • On ne cherche pas à reproduire son sujet à l’identique, mais à en « capter l’essence »

Il y a énormément de poésie dans cette philosophie, c’est un appel à se tourner vers la magie de la vie, de la lumière, de la nature, et ça fait du BIEN. Ça fait du bien de se concentrer sur la beauté, de rechercher LE détail qui va nous toucher en regardant un sujet, etc.

Où et comment trouver ces sources me demanderez-vous peut-être ?

  • Et bien en écoutant mon podcast par exemple, ou en lisant mes articles sur le sujet
  • En allant passer du temps dans les bibliothèques
  • Je vous donnerai sûrement un de ces jours ma bibliographie préférée sur le sujet
  • En fouillant internet (attention aux mauvaises sources, la distinction est parfois un peu difficile à faire)


7) Observer/étudier le travail des maîtres même si le maître suprême, c’est bien sûr la NATURE.

Voilà où les livres ont leur utilité.

Comprendre comment les œuvres des grands Maîtres sont composées, dans quel ordre un peintre s’y prend pour composer sa peinture, quels sujets il associe les uns aux autres, où laisse t-il volontairement ses espaces « blancs », etc…
L’idée est de cultiver un esprit de recherche : comment a-t-il fait ça, etc.

Toutes ces images vont nourrir votre imaginaire et vous aider lorsque vous aurez à composer vos peintures.

Recherchez l’émerveillement.

Shrimp by Qi Baishi (Qi Baishi, Shrimp, Painting (Ink on Paper), 1927)



8) PERSÉVÉREZ, et surtout AMUSEZ-VOUS.

Il n’existe aucun ennemi face à nous, si ce n’est nous même, et il est si facile de se dire « je ne suis pas fait pour ça ».

Encore une fois, le sumi-e est une pratique assez difficile au début, qui a besoin de temps, mais si vous n’abandonnez pas, si vous continuez à vous entraîner, surtout auprès de quelqu’un qui va pouvoir vous aider, vous accompagner, vous allez progresser assez rapidement, vous allez prendre confiance, et du coup vous allez commencer à vous amuser, à vous surprendre vous-même.

Je le répète, on ne recherche pas la performance, ni la perfection, mais bien à prendre du plaisir en compagnie de ses pinceaux et de son encre qui sent si bon 😊

Voilà !

Pour découvrir le sumi-e en images, ça se passe par ici : http://www.instagram.com/morgane.boullier

À bientôt les amis 🌻 !

Morgane

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